Conséquences - comorbidités psychiques

Les troubles psychiques associés à une problématique liée à l’alcool sont fréquents. Ils peuvent se manifester préalablement, simultanément ou ultérieurement. Ainsi, il peut être difficile de déterminer si le trouble mental est induit (secondaire) par l’alcool ou au contraire figure parmi une des causes favorisant son apparition (trouble primaire).

Une réévaluation à distance du sevrage est donc nécessaire.

Un diagnostic précis d’éventuels troubles psychiques prend toute son importance sur le plan de l’assurance invalidité, dans la mesure où une dépendance primaire n’est pas reconnue comme maladie donnant droit à des prestations; cf. internetbasiertes Lerntool (Wurst, Moggi, Berthel 2009).

Fréquence

  • En cas de troubles schizophréniques, le risque de présenter une problématique liée à l’alcool déterminante pour le traitement psychique est multiplié par quatre.
  • En cas de troubles bipolaires, ce risque est multiplié par six. Il est doublé en cas de troubles dépressifs et augmente aussi sensiblement en cas de troubles anxieux.
  • En cas de THADA non traité dans l’enfance et l’adolescence, le risque de développer une dépendance à l’alcool est multiplié par trois ou quatre. En d’autres termes, jusqu’à 20% des adultes alcoolodépendants ont présenté un THADA dans l’enfance.

Evaluation de la comorbidité psychiatrique

Il est important de rechercher notamment :

  • Troubles anxieux et dépressifs
  • TDAH/THADA
  • Troubles de la personnalité (instabilité émotionnelle et personnalité dissociale)
  • Trouble psychotique résiduel et de survenue tardive
  • Syndrome amnestique
  • Suicidalité.

L’évaluation comprend également :

  • Antécédents familiaux psychiatriques et de dépendance (en particulier dans la parenté du premier degré)
  • Prise en charge psychiatrique ou psychothérapeutique ambulatoire ou résidentielle antérieure
  • Contacts avec un Service de psychologie scolaire
  • Suicidalité, antécédents de passages à l’acte
  • Antécédents d’événements traumatiques (abus, négligence, violence etc.)

En cas de doute ou de suspicion de comorbidité psychiatrique des axes I ou II (troubles de la personnalité), il est préférable de faire recours à un psychiatre.
Les consultations ambulatoires en addictologie et de plus en plus de services spécialisés proposent des entretiens d’évaluation (Assessments).

Eléments suggérant une dépression

Symptômes clé :

  • Tristesse, inaptitude à se réjouir, peur de l’avenir, pensées obsessionnelles allant jusqu’à une humeur et à des pensées suicidaires
  • Manque d’entrain, voire fluctuations de l’humeur en cours de journée avec amélioration des symptômes en fin de journée
  • Légère irritabilité, impulsivité accrue
  • Troubles du sommeil, fatigabilité accrue, diminution de la concentration et de l’attention, troubles de la libido et de l’érection
  • Sentiments de culpabilité, baisse de l’estime de soi et de la confiance en soi, comportements de repli sur soi.

Eléments suggérant des troubles de la personnalité

A) Trouble de la personnalité borderline

Symptômes clé :

  • Instabilité émotionnelle et manque de contrôle des impulsions
  • Episodes de comportement agressifs ou violents
  • Perception de soi et buts existentiels peu définis et perturbés
  • Sentiment chronique de vide intérieur
  • Propension à nouer des relations intenses mais instables
  • Automutilation (coupures), menaces ou tentatives de suicide
  • Relations personnelles intenses, changements fréquents de partenaires
  • Etats de tension subits, prolongés et intenses, avec une composante aversive, sans capacité de différencier les émotions en jeu
  • Emotions changeant rapidement (geignard, susceptible et en même temps agressif).

B) Trouble de la personnalité dissociale
Symptômes clé :

  • Comportement dissocial : mépris des normes sociales, agressivité et irritabilité, absence de remords après un comportement inadéquat, absence de changement significatif en dépit de sanctions.

C) Trouble de la personnalité schizoïde

Symptômes clé :

  • Introversion, isolement social, difficulté à exprimer ses sentiments.

D) Trouble de la personnalité narcissique

Symptômes clé :

  • Appréciation erronée de ses propres forces et faiblesses
  • Humeur fluctuant entre sentiments de grandeur et dévalorisation de soi
  • Tendance à l’effondrement dépressif en situation de crise
  • Propension à être ou à se sentir malade.

Eléments suggérant des troubles psychotiques ou schizophrénie

Les phénomènes psychotiques peuvent se manifester sous de multiples formes. Ils se caractérisent en général par des troubles fondamentaux de la pensée et de la perception, ainsi que par une affectivité ambivalente et appauvrie. Ils affectent les fonctions de base qui donnent à l’être humain le sentiment d’individualité, d’unicité et de libre-arbitre. En fonction de la symptomatologie prédominante, on différentie la schizophrénie hébéphrénique, paranoïde, catatonique et indifférenciée.
Parmi les causes on distingue :
A) Psychose toxique : l’état psychotique est dû à l’empoisonnement de l’organisme par une substance psycho-active ; les symptômes diminuent au bout d’un certain temps.


B) Phénomènes psychotiques en tant que complication d’un sevrage : des symptômes délirants ou pré-délirants peuvent être déclenchés par l’hyper irritabilité du cerveau au cours du sevrage et nécessitant un traitement immédiat en milieu hospitalier, car ces états sont susceptibles de mettre en danger la vie des personnes concernées
C) Psychose induite : la substance agit comme élément déclencheur chez des personnes présentant un risque accru de psychose ou de schizophrénie.


D) Schizophrénie : l’alcool est consommé dans un but d’automédication.

Eléments suggérant un TDAH/THADA chez l’adulte

  • Diagnostiquer un THADA à l’âge adulte suppose que des symptômes étaient déjà présents dans l’enfance,(agitation durant la scolarité). A l’âge adulte, il est important de réagir en cas d’apparition de symptômes dans les domaines de l’hyperactivité motrice, de l’impulsivité et/ou un trouble de l’attention.
  • Les personnes concernées souffrent souvent aussi de grandes variations de l’humeur ainsi que de désorganisation, elles structurent insuffisamment leur vie quotidienne et sont incapables d’observer des priorités dans les tâches qui leur incombent. On a l’impression de ne pas pouvoir compter sur elles, ce qui leur porte préjudice dans les relations sociales.
  • A l’âge adulte certains des symptômes déjà présents dans l’enfance peuvent apparaître de façon plutôt masquée. L’hyperactivité motrice de l’enfant se transforme, chez l’adulte, en agitation intérieure.
  • Les personnes concernées ont souvent de la difficulté à focaliser durablement leur attention. Elles semblent facilement distraites et peuvent ne pas parvenir à filtrer et ordonner d’importants stimuli externes et internes. Le résultat en est un manque de constance, le fait de ne pas mener les choses à terme, les intéressés se montrant rapidement ennuyés.
  • Il convient de réagir lorsque les symptômes persistent à l’âge l’adulte et portent à conséquence. La pose du diagnostic devrait s’effectuer avec le concours d’un psychiatre spécialisé en la matière.
  • Au cas où un traitement médicamenteux paraît opportun, il est recommandé d’en confier la responsabilité à un psychiatre expérimenté pour un suivi combiné.

Voir aussi: Toxicodépendance; problèmes psychiatriques courants,, une publication du COROMA (Collège romand de médecine de l'addiction) et de la Société suisse de médecine de l’addiction (SSAM). A commander auprès de l’OFSP.


 

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